Nouvelle : Etrangère étrange

Elle s’assit sur le rebord de sa fenêtre et regarda le soir tomber.

Qu’est-ce qu’elle aurait bien pu faire d’autre ? Rien. Alors elle reste là jusqu’à ce que la lune éclaire son visage. Elle reste. Même si la pluie entre dans sa chambre et même si ses cheveux se collent un à un sur son front.

Elle s’en fiche parce que son visage est déjà mouillé par les larmes qui coulent et qui ne s’arrêtent pas.

Pourquoi ?

Elle répondrait que c’est la vie et que tout n’est pas toujours aussi facile qu’on voudrait.

Pourtant, ce soir, elle n’a pas de raison précise, mis à part une mélancolie passagère, une envie de solitude, de vide, de disparaître de cette vie où la foule ne fait qu’isoler les gens.

 

         Elle regarde droit devant elle mais ne voit rien, ses yeux sont vides, ou plutôt, ils sont trop pleins. Trop pleins de ce qu’on préfèrerai ne jamais voir, n’avoir jamais vu…

Elle se dit que si elle sautait, ça la soulagerait peut-être, mais trois étages c’est si peu pour… pour quoi d’ailleurs, pour tomber ? Ce n’est pas ce qu’elle veut, c’est même tout le contraire. Son rêve à elle, c’est plutôt de s’envoler, de partir dans une immensité inconnue, mais pas tomber, non. Tomber c’est banal, c’est stupide et c’est froid. On saute, on vole quelques minutes, quelques secondes et on s’écrase sur le béton. Non, vraiment, non merci ! Rien d’intéressant.

 

         Elle se lève alors précipitamment et ferme la fenêtre. Autour d’elle, rien n’a bougé, pas même son chat.

Son chat, lui, il s’en fout, tant qu’il a son bol de croquettes et un lit où jeter ses puces !

 

         Elle passe rapidement à côté du lit pour sortir de la chambre, mais une patte savante l’accroche de ses griffes.

         « Mais oui mon chat ! T’es gentil ! Allez Baltok, lâche-moi maintenant. »

Elle le caresse un moment, doucement, mais son geste est presque machinal.

Pourtant, elle l’aime ce chat, c’est une des seules personnes de son entourage qui l’aime sans cacher le lien entre son amour pour elle et celui qu’il a pour la main nourricière. Mais au moins, c’est sincère, pas d’hypocrisie, pas de simagrées.

 

         Elle relève la tête et poursuit sa trajectoire.

Elle attrape son gilet et se dirige vers le canapé. Elle regarde un moment la télévision mais celle-ci ne renvoie rien. Elle est éteinte, mais pourquoi l’allumer ? Ils ne diffusent jamais rien d’intéressant. De toute façon, elle n’y pense déjà plus.

 

         Ce matin, le soleil entre dans le salon et les premiers rayons la chatouillent. Elle s’étire et se rend compte qu’elle a dormi là, comme ça, sur le canapé. Elle est un peu courbaturée, mais elle se sent bien.

 

         « Ah ! Une belle journée qui commence ! »

 

Les idées noires de la veille ont disparues et elles sont épuisées pour quelques temps. Mais elle n’y pense même pas.

         Elle ouvre les yeux. Elle ressemble à un bébé qui s’éveille doucement. Brusquement, elle bondit de son lit de fortune et court à la fenêtre. Elle l’ouvre. L’air matinal est frais, il envahie la pièce et ses poumons comme ceux d’un nouveau né prenant sa première inspiration. Si elle pouvait, elle en prendrait encore plus. C’est tellement bon la première bouffée du matin!

Ah ! Ce soleil d’automne aux rayons dorés, on ne se lasse pas de le voir se lever ! Quel plaisir pour les yeux !

 

         Dehors, tout est mouillé, humide de la veille, lavé on pourrait dire.

En bas, dans la rue, des milliers de fourmis s’activent, très préoccupées et pressées par leurs importantes affaires du matin.

Il y a des fourmis à chapeau, ou sans chapeau d’ailleurs, cela importe peu, cette sorte là ne l’intéresse pas. Elles sont trop grises, trop communes.

Certaines marchent vite, d’autres lentement, mais elles sont toutes pareilles et courent après des futilités qui les empêchent de voir les choses importantes.

         Mais parfois, au milieu d’elles, on peut en apercevoir une autre sorte, elles semblent perdues dans ce flot d’automates.

 

         Pensant à cela, le sourire aux lèvres, elle allume la musique et se prépare joyeusement. Rien ne semble la troubler ce matin, c’est agréable de la voir ainsi.

En se coiffant, elle revient comme par habitude à la fenêtre et là, son regard est accroché par une de ces fourmis singulières.

         Aussi étrange que cela puisse paraître, elle se dit « Et si j’y allais, maintenant, comme ça, c’est peut être la chance de rencontrer quelqu’un de différent, d’intéressant pour une fois ».

Elle se précipite dans le couloir mais l’ascenseur n’arrive pas assez vite, elle trépigne quelques secondes et s’élance dans l’escalier.

Jamais elle ne les avait descendu aussi vite ces trois étages, et jamais elle n’aurait crut pouvoir les descendre aussi vite, d’ailleurs.

         Pourtant, arrivée dans la rue, elle cherche du regard, descend jusqu’à la petite épicerie, remonte jusqu’au tabac à l’angle, elle court toujours et son cœur bat dans sa poitrine comme s’il voulait en sortir. Elle est toute excitée mais peu à peu, elle perd l’espoir de retrouver l’objet de son attention.

 

         « Excusez-moi mademoiselle, je ne voudrais pas vous paraître impoli, mais vous me semblez… je ne sais pas… Je suis intrigué par votre attitude. Je vous ai observé quelques instants et me suis décidé à vous aborder. Puis-je vous aider ? »

 

         Levant les yeux vers son interlocuteur, elle reconnut celui qu’elle cherchait. Elle se mit à rire d’un éclat si joyeux qu’il ne pu s’empêcher de sourire aussi.

Puis, s’arrêtant soudainement, elle le fixe et dit :

         « Ah ! Ça alors, ça tombe bien, parce que justement je vous cherchais »

 Il la regarde avec étonnement mais, sans se démonter, il lui demande ce qu’il peut faire pour elle.

Non, il se trompe, c’est sûrement elle qui peut faire quelque chose pour lui, parce qu’ils font partie de la même fourmilière.

Mais lui il ne peut rien faire de plus pour elle, il a déjà fait beaucoup.

« Merci ! » crie-t-elle en s’enfuyant.

 

         Elle traverse la foule et regagne la porte de son immeuble.

Bien qu’il ait tenté de la suivre du regard afin de comprendre ce qu’il lui était arrivé, sa surprise avait été telle qu’il n’y avait pas réussi.

« Dommage! »  se dit-elle en remontant. Peut-être qu’elle aurait dû engager la conversation plus avant, l’inviter à prendre un café ou quelque chose. Et puis non, elle a bien fait de ne pas le faire. Quand on se connaît mieux, les relations se dégradent toujours. Elle gardera une bonne image de lui. Voilà tout !

 

         Dans la rue, lui, est troublé. Il ne comprend toujours pas. Qui était-ce ? Peut-être qu’il la connaît ? Non, il est sûr que non ! Et pourtant elle lui est familière. Et puis qu’est-ce que c’est que cette histoire de fourmilière ? Non, vraiment, c’est une étrange matinée, remplie d’étranges personnages. Étrangère étrange, pourrait-on dire.

 

         Dans l’appartement, tout est redevenu normal, comme si rien ne s’était passé… Sauf peut-être ce sourire qui reste dessiné sur ses lèvres trahissant une matinée différente des autres.

 

Sorcière Néness sorciere-2

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